La Fabrique de violence (Jan Guillou)

Ce roman m’a été conseillée par une de mes meilleures amies (on est amies depuis l’époque où on parlait encore de blogosphère sur internet et où j’avais moitié moins d’enfants, ça commence à compter). En l’achetant, j’étais donc à peu près sûre de tomber sur un chef d’oeuvre car que voulez-vous, cette fille a l’avantage de n’avoir jamais mauvais goût (sauf peut-être quand elle essaye de me convaincre de regarder des Rape and Revenge).

Spike m’a parlé de son livre préférée au dos d’une carte postale représentant un dharmapala envoyée du Népal et ce jour-là, j’étais doublement, non, triplement contente car : 1) Ca me faisait un nouveau titre de livre à lire 2) Je n’avais encore jamais reçu de carte postale du Népal malgré les presque mille cartes postales reçues à ce jour 3) J’y ai vu un signe de la providence car cette carte est arrivée dans ma boîte aux lettres pile le jour d’une excellente nouvelle pour elle et pour nous tous, ça collait rudement bien avec cette histoire de dharma, voyez comme le Bon Dieu et les services postaux font parfois bien les choses.

Ce livre s’intitule La fabrique de violence et a été écrit par le romancier et journaliste suédois Jan Guillou. Il s’agit d’un roman d’apprentissage dont l’action débute dans le Stockholm des années 60. Erik est un jeune homme de quatorze ans au tempérament bien trempé qui dirige une bande de petits voyous au sein de son école. Si Erik est parvenu à décrocher ce titre de chef de bande et s’il sait se faire respecter parmi ses semblables, c’est pour une seule et unique raison : il sait se battre. Mieux, il ne sait faire que cela. Alors que d’autres trembleraient à l’idée de devoir affronter Le Phare, colosse de l’école réputé imbattable, il n’hésite pas une seule seconde et va droit à l’affrontement, sûr de remporter chaque combat qu’il déclenchera ou auquel il sera mêlé. Et en effet, Erik gagne toujours. Il fait preuve d’une rage et d’une force qui pétrifient et terrorisent les autres élèves et tous se demandent comment un garçon de leur âge peut savoir se battre à ce point, tous s’interrogent sur ses capacités inouïes à anticiper et encaisser les coups.

C’est qu’Erik a un lourd secret. Et s’il est à ce point insensible aux coups et à la douleur, s’il est autant capable d’anticiper les réactions d’un adversaire lors d’un combat, c’est qu’il connaît les coups, la douleur et la peur mieux que quiconque. Victime d’un père violent et sadique, Erik est battu chaque jour au cours d’un rituel parfaitement rythmé, battu par un père totalement déviant qui jour après jour assène des coups à la limite du supportable à son fils aîné. Et chaque jour, Erik encaisse, parce qu’il n’y a pas d’autre choix, il encaisse le fouet, il encaisse les coups parfois jusqu’au sang, au point de perdre connaissance et de ne pouvoir quitter sa chambre des jours durant, il encaisse les coups et apprend à bien connaître la peur, une peur qu’il apprivoise à mesure qu’il mémorise ses rouages et les habitudes de son bourreau.

Suite à une bagarre de trop, Erik, dénoncé par les membres de sa propre bande, est viré de son établissement pour mauvaise conduite. Les portes de l’école publique se ferment définitivement pour lui et le courroux du père promet d’être sans précédent. Par chance, sa mère prend les devants et prend sans délai les mesures nécessaires pour faire envoyer Erik loin de Stockholm, dans un établissement privé.

Ainsi commence pour lui une nouvelle vie, une vie sans violence et sans bagarres, car Erik ne veut plus jamais se battre, plus jamais, il s’en fait la promesse et jure solennellement de ne plus jamais recourir aux coups ni à la violence sous aucune forme. Ce qu’il ignore à son arrivée, c’est que cette école d’élite repose sur le principe de l’éducation mutuelle, un système d’éducation dans lequel les plus vieux élèves éduquent les plus jeunes en imposant leurs lois et leurs règles, ayant recours à des méthodes sur lesquelles les professeurs et dirigeants du collège ferment volontairement les yeux, au nom de ce principe d’éducation. En d’autres termes, l’arrivée d’Erik dans ce nouveau collège, qu’il prend au premier abord pour une sorte d’Eden où il trouvera la paix et la rédemption, n’est autre qu’une immersion aux confins de l’enfer, dans un contexte où la violence redevient hélas nécessaire à sa propre survie.

Entre humiliations, tortures, injustices, bizutages nocturnes et coups quotidiens, Erik découvre rapidement le fonctionnement hors norme de cet établissement de renom où les différends des élèves se règlent lors de combats déloyaux où tous les coups sont permis, où les enseignants assistent à ces accès de violence sans jamais réagir et où aucun n’élève n’oserait jamais remettre en question l’éducation mutuelle ni chercher à s’élever contre ses principes. Bien décidé à mettre fin à ce cauchemar, Erik va tenter de renverser ce système et sa hiérarchie et faire preuve d’une ténacité hors norme lorsqu’il sera confronté aux coups ou aux humiliations de ses aînés, mais renverser les fondements de ce système éducatif pervers s’avérera bien plus compliqué qu’il n’y paraît.

Bon, je vous la fais courte, précipitez-vous tout de suite chez votre libraire préférée ou sur n’importe quel site de vente en ligne de bouquins neufs ou d’occasion, bref, démerdez-vous mais achetez, empruntez, fauchez ce livre de toute urgence, c’est un ordre. C’est une histoire totalement époustouflante qui vous colle le stress et la chiale à intervalles à peu près réguliers et c’est tellement bien raconté que je vous jure qu’on s’y croirait, on se prend à flipper tout seul dans son salon quand les hordes de bourreaux doivent s’abattre dans les chambres des petits en pleine nuit, on ronge ses ongles et on a envie de scander à haute voix le nom du héros quand celui-ci affronte plusieurs adversaires lors d’un combat déloyal, on pleure quand les coups du père s’abattent une fois de trop sur lui et vraiment, vraiment, vraiment (si si, vraiment), c’est un livre putain de génial qu’il faut absolument lire et relire. Pour info, l’auteur s’est  inspiré de ses propres souvenirs d’adolescents, lui-même scolarisé dans un établissement régi par les lois de l’éducation mutuelle en son temps et ouais, savoir que tout cela a existé pour de vrai et qu’on a « éduqué » les enfants dans des circonstances aussi inhumaines et ignobles, encourageant les aînés à laisser libre cours à leurs perversions sur les plus jeunes élèves, ça a de quoi faire froid dans le dos. Mais même si c’est loin d’être marrant et carrément balèze à lire, c’est un bouquin qui vaut sacrément la peine d’être lu (remerciements infinis à Spike pour la découverte) (la prochaine fois que tu viens à la maison, t’auras double dose de Paris-Brest).

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