Un jour (David Nicholls)

Tereza est une jeune tchèque expatriée depuis plusieurs années à Washington. Elle aime la lecture, le yoga, les voyages, et envoie de jolies cartes en papier texturé imprimées à Boston. Son livre préféré de tous les temps appartient assurément à la catégorie des livres auxquels je ne prête d’ordinaire pas la moindre attention pour la bonne raison que, remember, je suis une sale snob.

Sans déconner, la dernière fois que j’ai vu Un jour de David Nicholls sur une tablette de librairie, il jouxtait le rayon des Beautiful Bastard, Beautiful Bitch et autres Beautiful Pupute, autant vous dire que les probabilités pour que je prenne un jour ce livre en main autrement que sous la contrainte étaient quasiment inexistantes. Si l’on ajoute à cela le fait que la première de couverture représente une photo d’un couple jeune et beau et svelte et bohème se pourléchant le tour de la bouche sous un filtre Instagram, on peut considérer que ce livre appartient à coup sûr à la catégorie des livres que je fuis, vite, qu’on me donne une aventure de Conan avec de la magie, du sang et des tripes, nom de Dieu !

Et pourtant. J’ai commencé à lire ce roman sentimental un samedi matin entre mes deux tartines de beurre tendre et mon thé au jasmin. Une histoire d’amour entre deux lycéens dans les années 80, après tout, cela peut bien s’accommoder avec le pain toasté d’un petit-déjeuner tardif. Mastiquant mes tartines non trempées dans le thé (je ne trempe jamais mes tartines dans quoi que ce soit depuis que mon père a traumatisé mon enfance en trempant ses tartines de cancoillote ou de camembert trop fait dans sa Ricoré), j’ai donc décidé de jouer le jeu et de me taper coûte que coûte cette histoire sentimentale, même si l’idée de me farcir 620 pages d’une intrigue à base de « suis-moi je te fuis, fuis-moi je te suis » me donnait légèrement l’impression d’être sur le point de gâcher plusieurs heures de ma vie à lire un mauvais roman dégueulant de mièvrerie.

Ce roman raconte l’histoire d’un chassé-croisé entre Dexter et Emma, deux étudiants ayant brièvement flirté dans leur jeunesse et devenus meilleurs amis par défaut. Pendant des années, ils se perdent de vue et se retrouvent, se fâchent et se réconcilient, se manquent puis se détestent et bref, comme dans toute histoire d’amour profondément agaçante, passent des années à se rater, chacun d’eux étant précisément en couple quand l’autre et sur le marché du célibat, et vice versa. Oui je sais, ça a l’air très énervant. Et déjà vu et revu.

N’EMPÊCHE QUE, ça fonctionne. Ca fonctionne même drôlement bien. Et je peux te dire que la grosse snob que je suis a bien dû ravaler son orgueil quand le lendemain, elle a invoqué de soit-disant douleurs menstruelles pour rester sa couenne au lit avec son bouquin pendant cinq heures d’affilée. Pas question de reposer ce livre sans savoir si Dexter et Emma allaient ENFIN se mettre ensemble, pas avant que Dexter ne largue sa bourgeoise pour se rendre compte que le grand amour est à sa porte, pas avant qu’Emma ne se sorte les doigts et n’arrête de jouer le rôle lâche et confortable de vieille copine confidente et bref, surtout pas avant de savoir si ces deux-là allaient enfin finir par arrêter de se tourner autour et conclure en se touchant les parties génitales.

Oui je sais, ça a l’air gnan-gnan et avec le recul, ça l’est sûrement un peu. C’est que l’histoire d’amour avortée commence en 1988 et nous trimbale jusqu’en 2007, c’est dire si ces deux héros sont champions des empotés, hein. Mais bref, ça se lit drôlement bien et je dois reconnaître que c’est putain de captivant, du moins pour une histoire d’amour qu’on pourrait considérer comme vue et revue et archi-réchauffée. Dexter et Emma n’arrivent certes pas à la cheville de Harry et Sally mais il faut bien admettre que leur histoire à eux fonctionne et qu’en plus de m’avoir captivée et tenue en haleine pendant tout un week-end, elle a même réussi à me coller la chiale à partir de la page 547, sous les sarcasmes de mon vieux mari. « Encore en train de chialer devant un livre de gonzesse ?« , eh oui, on ne se refait pas mes braves gens.

 

unjour1

 

 

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