Racines (Alex Haley)

Michael a 51 ans, il vit en Allemagne d’où il m’a envoyé une carte postale un peu désuète représentant une carte de sa région. Il a consacré huit lignes à me parler de son livre préféré de tous les temps : Racines d’Alex Haley.

Je crois avoir emprunté Racines au CDI de mon collège quand j’avais 11 ou 12 ans. Un CDI banal mais sympa, avec ses chaises en skaï rescapées des seventies et ses livres dont les thèmes étaient repérés par des gommettes de couleurs collées sur la tranche. Et son cool documentaliste chauve, marathonien à ses heures et adeptes de blagues en tout genre, qui portait parfois un pantalon en cuir encore plus classe que le skaï des fauteuils. Mais pour être honnête, il me semble qu’en ces temps reculés où je portais des t-shirts Fido Dido sur des jeans taille haute, je ne suis jamais venue à bout de ce roman, probablement découragée par ses quelques 750 pages (ou alors distraite par le dernier Thorgal que je m’employais à emprunter avant tout le monde et à garder aussi longtemps que le délai de prêt me le permettait). Pourtant, c’était vraiment mon truc à l’époque, de lire des bouquins sur la ségrégation et l’esclavage. Je me disais que quand je serais grande, je serais leader noir, comme Malcolm X, ouais je sais, ne dites rien. Toujours est-il que si en cet an de grâce 1993, j’avais lu l’intégralité de ce roman, je m’en serais forcément souvenue car Racines est le genre de livre qui ne s’oublie pas.

L’histoire raconte celle des ancêtres d’Alex Haley à travers sept générations, depuis le village de Djouffouré en Gambie jusqu’au Tennessee. Cela commence avec Kounta Kinté, fils d’Omoro et ancêtre vénéré de l’auteur, capturé par les toubabs pour être vendu comme esclave aux blancs de l’autre côté de l’océan. Récit douloureux d’une traversée de plusieurs mois aux confins de l’horreur, Racines raconte comment le fier Kounta, tout juste fait homme par les anciens de sa tribu, se retrouve attaché et torturé dans la cale d’un bateau, survivant pendant des mois au milieu des cris, de la puanteur, de la peur et de la maladie, battu et humilié, réduit à pas grand chose, mais finalement vivant et vendu comme esclave en Virginie. Kounta s’enfuit plusieurs fois, est à chaque fois rattrapé, puni, maltraité, mutilé, et il y laisse même l’un de ses pieds avant de comprendre qu’il n’y aura jamais, jamais aucun retour possible. Condamné à l’esclavage, il passe entre les mains de plusieurs maîtres et finit par trouver lentement sa place parmi ces autres esclaves qui sont désormais les siens : le Violoneux, musicien au franc parler qui ne désespère pas d’acheter un jour sa liberté au maître, Bell la cuisinière qui lit les journaux en cachette tout en feignant d’être ignare, le vieux jardinier et les autres. Les années aidant, les rêves de liberté et de fou voyage de retour vers la Gambie s’amenuisent puis disparaissent, confrontant Kounta à ce qu’il est désormais, avec toutefois, au bout du tunnel, l’espoir d’être encore quelqu’un.

Le récit se poursuit ainsi sur plusieurs générations, avec Kizzy, la fille de Kounta, violée par son maître, mère d’un mulâtre qui à son tour, grandit parmi les esclaves, assiste aux premières tentatives de révolte, et ainsi se succèdent six générations de descendants du fier Kounta Kinté, six générations d’esclaves, tous en marche vers un seul but : la liberté.

Je ne sais pas trop quoi dire de ce livre pour ne pas avoir l’air trop banale alors je vais juste dire qu’il m’a valu deux nuits presque blanches, m’a collé un vague à l’âme comme vous n’avez pas idée, m’a fait beaucoup trop réfléchir sur notre triste humanité (« Peut-on encore avoir foi en l’humanité après avoir lu Racines tout en sachant que cela ne nous ramènera pas Cecil le lion ? ». Dans deux heures, je ramasse les copies.) et m’a collé la chiale une demi-douzaine de fois environ.

Et je pense ne pas prendre trop de risque en vous recommandant de le lire derechef, si ça n’a déjà été fait, c’est un sacré beau bouquin.

 

racines

 

Acheter Racines d’Alex Haley:

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