Le Rapport de Brodeck (Philippe Claudel)

Le rapport de Brodeck  m’a été conseillé par ma copine La fille Mentalo qui, après avoir très sérieusement étudié la question de son favourite book ever, a jeté son dévolu sur ce titre-là. Elle a bien essayé de me fourguer deux ou trois titres mais je n’ai pas faibli et je lui ai hurlé que c’était un seul livre ou rien et du coup, après avoir longtemps réfléchi à la question (je vous assure qu’elle a fait ça avec autant de sérieux que si on lui demandait lequel de ses enfants sacrifier en cas d’attaque cannibale post-apocalyptique), elle m’a brandi ce livre en me disant : « Tu veux un livre qui te retourne les tripes et le coeur ? Et bien voilà, lis ça et après tu seras bonne pour être enfermée dans une usine de Kleenex ».

Alors je l’ai lu. J’ai lu l’histoire de Brodeck, ce type gentil est discret que les hommes du village convoquent une nuit en lui demandant de rédiger un rapport. Car Brodeck sait écrire, il est le plus érudit des villageois, celui qu’on envoya autrefois en ville pour y faire des études et acquérir des connaissances qui seraient ensuite utiles à toute la communauté. Brodeck doit écrire un rapport pour raconter ce qui s’est vraiment passé cette nuit-là, pour dire comment les hommes furent obligés d’en arriver là. Pour raconter ce qui s’est passé avec De Anderer – L’Autre.

L’Anderer est arrivé un jour au village sans but précis, avec sa mine souriante, ses joues fardées, ses drôles d’habits faits d’étoffes précieuses et colorées, ses malles chargées de curiosités, et puis surtout, son carnet. L’Autre s’installe à l’auberge de Schloss, parle à ses animaux, boit du thé corsé, se restaure peu, se promène et observe. Il observe les gens, il observe le paysage, il prend des notes, écrit et dessine, et puis surtout, il ne parle pas, ou peu. L’Anderer inquiète et dérange la petite communauté qui s’inquiète de sa présence parmi eux et qui se trouve bientôt contrainte de prendre des dispositions radicales à son encontre…

Contraint par les hommes du village et craignant des représailles, Brodeck n’a donc d’autre choix que de rédiger ce fameux rapport, celui qui racontera tout en détail depuis l’arrivée de l’Anderer jusqu’au drame de cette fameuse nuit où les villageois ont bien été forcés de commettre l’irréparable. Alors Brodeck écrit. Mais en cachette, il écrit aussi un autre rapport, son rapport à lui, celui qui dira toute la vérité, qui dira tout sur l’Anderer et sur son séjour au village, sur l’homme qu’il était, et sur ce que les autres pensaient de lui, car lui, Brodeck, il n’y est pour rien, il tient à le dire. Il faut que tout le monde sache.

Outre l’affaire de l’Anderer, le rapport est aussi l’occasion pour Brodeck de s’attarder sur d’autres épisodes de sa vie, sur ce jour où l’ennemi vint le faire prisonnier dans sa propre maison pour l’emmener dans les camps, sur ces longs mois d’emprisonnement, de peur, de souffrance et d’humiliation où, pour sa survie, il accepta de devenir « le chien Brodeck ». Et puis bien sûr il parle des hommes, des villageois, ceux qui bien avant l’arrivée de l’Anderer, avaient déjà suscité d’autres drames au sein de la petite communauté alors occupée par l’ennemi.

Bon, c’est pas compliqué, pour conclure sur ce livre je dirais simplement que  je le classe désormais dans le top 5 des plus beaux livres que j’aie jamais lus et être dans le top 5, c’est pas rien (sauf quand on est élue Miss France, évidemment, car là, seul le top 3 compte vraiment). Et puis depuis que je l’ai lu, c’est bien simple, j’arrête pas d’en commander tout un tas d’exemplaires pour l’offrir à tout le monde. Et à chaque fois j’en tends un à son destinataire en disant « Il FAUT vraiment que tu lises ça« , et j’ai quasiment les yeux embués au moment où je prononce cette phrase, c’est vous dire si ce livre-là, c’est pas du pipi de chat.

Faut quand même savoir que cette lecture m’a valu de m’effondrer littéralement en pleurs, avachie sur une chaise de la cuisine à l’heure du goûter, hurlant mes sanglots et ravalant ma morve au milieu de mes enfants ahuris. C’était à la page 298, les enfants s’étaient arrêté de manger leur tartine de Nutella à l’huile de palme pour me considérer avec inquiétude, ils ont dit « Qu’est-ce qu’y a maman ?« , j’ai dit « C’est rien, c’est rien, c’est juste ce livre, c’est trop triste, putain c’est trop triste… », y en a un qui m’a rappelé que c’était pas beau de dire « putain » alors j’ai ravalé mes sanglots, sauf que ça m’a repris à la page 316 et là, les gosses ont carrément quitté la pièce tellement ça les a fait flipper de voir leur mère le dos courbé et le front collé à la table en formica en train de pousser d’étranges borborygmes noyés de mucus.

C’est pas compliqué, Brodeck a beau être un personnage de fiction, on passe tout le livre à avoir envie de le prendre dans les bras, de le serrer fort contre soi en le berçant un peu et de lui dire, comme à un enfant, : « Allez, viens là, ça va aller maintenant… ». Sauf qu’il n’existerait aucun bisou magique suffisant pour soigner tous les bobos de Brodeck.

 

evebrodeck

Si ma ride du lion s’accentue, c’est uniquement la faute à Philippe Claudel

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