Le Maître et Marguerite (Mikahïl Boulgakov)

Le maître et Marguerite m’a été recommandé par une jeune biélorusse qui m’a adressée quelques banalités au dos d’une carte touristique et qui a conclu en citant ce livre comme le meilleur livre qu’elle n’ait jamais lu. J’ai cherché le nom de son auteur, découvert qu’il s’agissait de Boulgakov, jeté un oeil à son oeuvre et eu un peu honte de toutes ces années d’Hypokhâgne et d’université car à quoi bon avoir autant étudié la littérature pour se retrouver à 34 ans à ne pas savoir qui est ce satané Boulgakov. En même temps, c’est cela aussi qui est chouette, continuer à découvrir des trucs à tout âge, et tant pis si on est passé à côté pendant toutes ces années alors que ouais, assurément, Le Maître et Marguerite aurait été le genre de livres que j’aurais adoré lire à 20 ans, pendant ma période bohème pseudo-mystique, quand j’allais traîner mes Doc Martens en tartan du côté de la librairie ésotérique et de son rayon d’ouvrages de sorcellerie.

J’ai lu quelque part que Le maître et Marguerite avait été écrit par un Mikhaïl Boulgakov malade et que certains passages ont été dicté par l’auteur à sa femme pendant son agonie, ça plante tout de suite le décor d’un livre gai, sympa et plein d’optimisme.

Dans ce roman fantastique et burlesque, il est question de Satan, le vrai Satan, pas un ersatz ni un démon de bas étage, non non, juste Satan, qui décide de se pointer à Moscou pour faire un peu joujou avec les âmes humaines. Satan accoste des passants dans un parc, leur prédit un sort funeste imminent, puis les regarde mourir, devenir fous ou finir internés dans un asile, à défaut d’avoir été pris au sérieux en racontant leur récit. Un à un, d’honnêtes citoyens finissent ainsi dans cet asile de fous, bernés par le diable qui en plus de s’être joué d’eux, met tout en oeuvre pour ne laisser aucune preuve de ses méfaits, et avouez que cela a de quoi rendre quiconque fou à lier, c’est que Satan n’est pas le dernier en matière de déconne et de foutage de gueule.

Mais Satan ne s’en tient pas à ces petits méfaits : se présentant comme un grand maître de magie noire, il se fait employer par le théâtre de Moscou pour se produire sur scène et donner une démonstration de ses talents occultes. La foule se presse pour assister à l’étrange spectacle et voir, sur scène, ce « mage » affublé de ses drôles de compères, dont un chat géant doté de parole. Satan s’amuse et se joue inlassablement de ces grandes assemblées, créant des artifices pour mettre ensuite son public dans l’embarras, pour l’humilier ou lui faire perdre la raison.

Mais ce roman, c’est aussi l’histoire de l’amour fou entre Marguerite, une femme mariée, malheureuse en ménage, et celui qu’elle appelle « le maître », un auteur raté et moqué pour avoir écrit un roman sur Ponce Pilate. Devenu fou de désespoir, « le maître » disparaît un jour sans un mot, finit à l’asile au côté des pauvres bougres rendus fous par les mauvais tours de Satan, tandis que Marguerite se morfond en attendant le jour où lui sera rendu son amour. Le Diable, qui ne perd aucune occasion de pervertir une âme ni de s’en emparer, se présentera ainsi auprès de Marguerite pour lui proposer un pacte et Marguerite devra décider de devenir ou non sorcière pour se voir rendre son grand amour.

Le Maître et Marguerite est donc une sorte de comédie fantasmagorique où se croisent démons, sorcières, animaux diaboliques et âmes prêtes à être corrompues, le tout au beau milieu d’un Moscou mis à sac par Satan et ses étranges comparses. Il y est question de victimes ébahies, d’enquêtes absurdes, de magie noire et de mauvais tours, d’un bal du diable où toutes les âmes maudites sont invitées à festoyer, de sorcières changeant les hommes en porcs et volant en balai au-dessus des toits de Moscou, et puis de cette jeune femme prête à tout pour vivre à nouveau dans sa petite chambre de fortune avec son écrivain bien-aimé.

Et vraiment, vraiment, voilà un livre qui vaut le détour. Je sais que je manque cruellement d’originalité en concluant toujours par « hé les mecs, ce livre est génial, lisez-le ! » mais promis juré craché, je ne vous recommanderai jamais de lire un livre nul ou tout juste bof bof. Par exemple, un anonyme m’a récemment conseillé de lire Robin Cook en me disant que c’était l’auteur le plus merveilleux et le plus génial de tous les temps et moi, qui suis bon public, j’ai acheté un de ses romans, pour voir, et au bout de 100 pages environ, j’ai eu presque envie d’organiser un autodafé tellement j’ai eu l’impression de m’être fait arnaquer. Parce qu’autant je veux bien accepter qu’on puisse prendre un peu de plaisir à lire ce livre en attendant son bus ou bien en rôtissant sur un transat pendant ses vacances, autant je ne peux me résoudre à croire qu’on puisse considérer ça comme l’un des meilleurs bouquins de tous les temps (et n’allez pas me dire que les goûts et les couleurs et gnagnagna, j’ai dit NON, c’est non). Donc non, c’est promis, jamais je ne vous parlerai ici d’un roman bof en vous recommandant de le lire.

Donc voilà, lisez Le Maître et Marguerite , vraiment. Enfin, faites comme vous voulez hein, mais si j’étais vous, je suivrais vivement ce bon conseil prodigué avec honnêteté, avec le sourire et sans persil coincé entre les incisives.

 

lemaitreetmarguerite

 

Acheter Le Maître et Marguerite de Mikhaïl Boulgakov :

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