La Peau (Malaparte)

Et puis pour terminer, j’ai lu La peau de Curzio Malaparte, à nouveau sur les conseils d’une lectrice de cette rubrique, qui se fait appeler Socisse, avec un O.

La peau raconte la libération d’une Italie exsangue, affamée, réduite à rien, qui s’efforce de se battre pour sa survie au milieu des soldats américains fraîchement débarqués. On y découvre une Naples peuplée d’enfants décharnés, de veuves prostituées, théâtre des pires commerces et des pires exactions. Car comme le signale Malaparte : « Vous ne pouvez imaginer de quoi est capable un homme, de quels héroïsmes, de quelles infamies il est capable pour sauver sa peau. Cette sale peau ». Ville crasseuse, enfants prostitués pour quelques dollars, femmes crasseuses écartant leurs cuisses sur les trottoirs, humains prêts à se vendre au rabais, peuple succombant à la peste, cette peste qui ne s’en prend pas au corps mais à l’âme et les pousse à s’adonner aux pires actes er aux pires vice, ce mal dont « les racines (…) plongent profondément dans les couches les plus basses du peuple, jusque dans l’humus du prolétariat ». Les enfants sont vendus  pour moins cher qu’ »un kilo d’agneau ». Les perruquiers vendent de grotesques postiches blonds dont on affuble l’entre-jambe des Napolitaines afin de les rendre plus au goût des soldats américains. Les hommes de tout âge se prostituent soudainement à d’autres hommes pour pouvoir simplement manger. Les cadavres envahissent les maisons, les familles pleurent leurs morts pourrissants que nul n’accepte d’évacuer, et d’une façon générale, La Peau de Malaparte est un de ces romans plein d’odeurs, les odeurs de la mort, de la chaire crasseuse qui se vend, l’odeur de la misère, des rues puant la pisse et les cadavres en décomposition, l’odeur de la guerre et de cette peste qui s’empare d’un peuple. De chaque page reflue ces interminable et constants relents âcres de merde, de pisse, de sexe, de pourriture, de femmes pleurant sur leurs morts, d’enfants en guenilles, de chair brûlée ou pourrissante. Un roman triste et sinistre dont les effluves morbides nous poursuivent longtemps et dont les scènes abjectes sont parfois obsédantes (ne m’obligez pas à vous raconter cette scène où, dans les berceaux d’un hôpital pour enfants, on découvre des dizaines de chiens alignés sur le dos, maintenus en vie et sujets à des expérimentations barbares). Un roman parfois difficile à lire, un roman qui raconte la survie d’un peuple affamé, qui raconte aussi la guerre, et qui tente de trouver les derniers recoins d’humanité qui peuvent perdurer au milieu du chaos.

lapeau_malaparte

Moi lisant La peau  de Malaparte et ayant une vague envie de me jeter par la fenêtre

Franchement, si vous avez envie de passer un chouette moment et de vous fendre la gueule, ne le lisez pas. Par contre, si vous cherchez un livre qui vous retourne les tripes convenablement, La peau  est fait pour vous. Je suis quant à moi bien contente de l’avoir lue mais je crois que je ne m’y risquerai plus jamais une seconde fois tant la misère et la puanteur qui exhalent de ce texte semblent finir, au cours de la lecture, par vous coller à la peau, vous imprégner littéralement. Néanmoins, voilà un texte qui vaut assurément le détour.

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