La Maison des feuilles (Mark Z. Danielewski)

Il y a quelques semaines de cela, donc, bien avant que je ne devienne adepte du crochet numéro 6, de la laine « magic wool » et des lapins  sablés des Vosges, j’ai entrepris de lire La maison des feuilles de Danielewski.

Je crois bien que ce livre fait partie des choses les plus perturbantes qui m’aient été donné de lire à tel point que je me suis longuement demandée si je devais le chroniquer ou non. Parce que j’ai le vif sentiment de n’avoir rien compris à ce bouquin, d’être passée à côté d’à peu près tout, du génie de l’œuvre et de tout ça, et qu’au final, j’ai l’impression de n’avoir pas grand chose à dire de cette histoire-là. Et dans le même temps, j’ai l’impression que je pourrais en parler pendant des heures (oui je sais, c’est n’importe quoi) et d’assumer que j’ai envie de dire que ce livre est à la fois un des pires trucs et un des meilleurs trucs que j’ai jamais lus. Ce qui est certes très étrange mais hey, laissez-moi vous dire que ce livre-là est précisément des plus étranges ou, dans tous les cas, très inhabituel.

Johnny, un zonard de Los Angeles, est appelé une nuit par son ami Lude au sujet d’une drôle d’histoire : le voisin de ce dernier vient de mourir et il tient à ce que Johnny vienne jeter un œil à l’appartement du défunt. En visitant le logement du vieux Zampano, Johnny y découvre des milliers de mots griffonnés un peu partout comme si le vieil homme avait été pris d’une inexplicable frénésie d’écriture et surtout, un manuscrit, celui d’un essai consacré au Navidson Record, un home movie dans lequel le photo reporter Will Navidson filme l’emménagement de sa propre famille dans leur nouvelle maison.

Johnny se met donc à lire et étudier ce manuscrit avec le plus grand sérieux, découvrant que l’œuvre sur lequel porte l’essai n’a jamais existé, ce qui ne le guérit pas de l’obsession qu’il voue désormais à l’étrange texte, un essai interminable enrichi de non moins interminables notes de bas de page. The Navidson Record n’est pas seulement un portrait de famille, il est aussi l’occasion de s’attarder sur la fameuse maison victorienne des Navidson, une maison dans laquelle des pièces apparaissent du jour au lendemain, où l’on découvre subitement un nouveau couloir qui ne mène nulle part, une maison qui, une fois mesurée, se révèle être plus petite à l’extérieur qu’elle ne l’est en réalité à l’intérieur.

Bref, l’histoire est chouette. Et fout les jetons. Mais je dois bien reconnaître que ce livre m’a collé des migraines à n’en plus finir. Que je l’ai balancé une bonne douzaine de fois dont trois fois violemment contre le mur de ma chambre dans un florilège d’insultes (j’insulte très régulièrement les auteurs des titres que je ne parviens pas à lire, même avec la meilleure volonté). J’en ai beaucoup voulu à Danielewski d’abord, d’avoir écrit un truc aussi imbuvable mais très vite, je me suis rendue compte que c’était à moi seule que j’en voulais, moi incapable d’accueillir et d’apprécier le génie d’un roman aussi hors norme, comme si à chaque minute de ma lecture, j’avais conscience d’être en train de passer totalement à côté d’un truc, ce qui a généralement l’art de me frustrer et de me mettre de très mauvaise humeur. Un peu comme quand tout le monde rit à une blague que vous êtes le seul à ne pas comprendre. C’est fâcheux et contrariant. Mais de la même façon que je m’emploie généralement à essayer de comprendre la chute d’une blague à laquelle il m’arrive d’être la seule à ne pas rire, j’ai fait tout mon possible pour essayer de comprendre et cerner cette œuvre-là.

Bon, il faut quand même savoir que La maison des feuilles ne ressemble à aucun autre livre avec sa mise en page complètement déroutante et ses enchaînements continus entre récits et annotations de bas de page. Sur certaines pages, des dizaines de lignes. Sur d’autres, un seul mot. Une typographie qui change sans arrêt. Parfois, pas un mot, rien que du vide. Une portée vide. Des notes de musique. Des mots à nouveau. Des passages écrits à l’endroit, d’autres à l’envers. Des phrases barrées. Des textes collés au beau milieu du récit. On retourne le livre dans tous les sens. On lit une note de bas de page qui subitement se révèle être non pas une note mais le récit. On passe d’un récit à un autre sans prévenir au cours d’une note de bas de page qui n’en finit pas et très vite, on ne sait plus très bien on donner de la tête. Et sans conteste, il doit y avoir un certain génie dans la folle entreprise que fut l’écriture de ce livre (best seller mondial d’après ce que j’ai cru comprendre) néanmoins, j’ai rarement lu quoi que ce soit d’aussi déstabilisant et d’aussi indigeste. Mais hey, c’est fait exprès, me direz-vous, sans blague, vous avez trouvé ça tout seul ? Oui, cela, ça ne semble pas faire de doute. Et ça marche très bien. Puisque, assez vite, on se sent assez proche du narrateur qui lui-même pète un câble à force de trop lire et relire et étudier et essayer de comprendre ce drôle de manuscrit qui l’obsède. On vit sa descente dans la folie à mesure qu’on ingère ces lignes déroutantes écrites en spirale ou condensées dans un coin de page blanche. Et pour le coup, on peut dire que c’est très réussi, cette mise en page qui nous donne l’impression de perdre la tête, comme le narrateur. Seulement voilà, là où d’autres ont été subjugués par cette expérience littéraire hors norme (et je dis cela sans ironie, je pense vraiment que ce livre est tout à fait inédit dans ce genre et que plus qu’une lecture, il s’agit d’une expérience à part entière), je crains bien d’être passée complètement à côté. J’ai trouvé ça si laborieux à lire. Et plus d’une fois j’ai abandonné ma lecture en me demandant : « A quoi bon lire un livre qui me donne mal à la tête ? ». Et au final, ma conclusion me laisse moi-même affreusement perplexe et mal à l’aise puisque je suis quasiment infoutue de trancher et de dire si, en définitive, j’ai adoré ou détesté ce livre. Du coup je ne vois qu’une solution : lisez-le et revenez par là qu’on en débatte. Quant à moi, peut-être bien que je retenterai une nouvelle lecture quand je serai une grande personne et que je serai pleinement capable de vivre l’expérience de La Maison des feuilles sans avoir envie d’arracher des pages ou de sauter 50 pages avant de passer à la suite.

maisondesfeuilles

 

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