Elle s’appelait Sarah (Tatiana de Rosnay)

Nicolet m’a envoyée une carte postale depuis les Pays-Bas. Une chouette carte postale représentant trois tipis dessinés à l’encre noire et portant cette inscription calligraphiée, juste au-dessus d’une flèche indienne  : « Let’s camp under the stars« . Nicolet aime lire, elle aime la musique (surtout ce groupe hollandais du nom de Kensington qu’elle me conseille d’aller écouter sur Youtube) et son livre préféré s’intitule Sarah’s Key, en Français,Elle s’appelait Sarah. Très franchement, je préfère de loin son titre anglais, le titre français m’a paru quant à lui un peu cucul la praloche sur les bords et ne m’a pas donné particulièrement envie de le lire. Que voulez-vous, je suis comme ça moi, une grosse snob qui se méfie des titres trop banals où trop BarbaraCartland-like, y compris quand il s’agit de best sellers plébiscités par le public (mais promis, je me soigne). Mais tout de même, j’ai acheté ce livre de Tatiana de Rosnay, la semaine même on son adaptation télévisée était programmée. Je n’ai pas regardé le film (snob, te dis-je) et j’ai attendu quelques temps avant d’entreprendre ce roman qui, contre toute attente, m’a littéralement captivée, et que j’ai torché en deux nuits (oui, je lis la nuit, et après j’ai des cernes qui ressemblent à des cratères lunaires). Ca m’a valu quelques pleurs refoulés et les tripes en vrac, je l’avoue. Mais j’ai vraiment bien aimé ce livre et de toute évidence, je ne saurais que vous le conseiller (bien qu’aux dernières nouvelles et pour pas changer, tout le monde l’a déjà lu sauf moi).

Elle s’appelait Sarah est un roman qui revient sur la rafle du Vel d’Hiv, sordide épisode de notre histoire qui valut à des milliers de Juifs d’être parqués dans des conditions atroces, en plein Paris, avant d’être déportés vers les camps de la mort. Le récit est mené par Julia Jarmond, une journaliste américaine expatriée à Paris et mariée à un Français, qui doit couvrir, pour le prochain numéro du magazine pour lequel elle travaille, le commémoration de la rafle du Vel d’Hiv. Pour une Américaine qui n’a jamais entendu parlé de cet événement (« on ne m’a pas appris ça dans mon école de Boston »), l’enquête démarre de rien : des recherches sur internet, des questions posées à son entourage… Julia prend ainsi connaissance de ce drame historique à mesure qu’elle découvre l’ignorance du peuple français lui-même sur les détails de cet événement, la volonté d’un peuple d’oublier ou de minimiser son implication dans cette rafle, la honte des témoins survivants qui ont assisté à ce drame sans réagir ou pire, qui ont su tirer profit de cette situation en fermant les yeux sur tout le reste. Julia nous embarque donc dans une enquête journalistique et historique qui rapidement, va tourner à l’obsession, d’autant que ses recherches la mènent jusqu’à un secret de famille, bien gardé par la famille de son mari, qui semble avoir un lien direct avec la rafle du Vel d’Hiv. Et que tout ramène à une fillette déportée ce jour-là : Sarah Starzynski.

Le récit alterne ainsi, chapitre après chapitre, entre l’enquête et le quotidien de Julia Jarmond, et d’autre part, les événements vécus et relatés par Sarah,  fillette juive de dix ans qui fut emmenée ce jour-là avec ses parents vers le Vélodrome d’Hiver. Lorsque la police française se présente chez eux pour les emmener vers les camps de la mort, la fillette, bien que méconnaissant la situation, prend soin de mettre son petit frère à l’abri afin de lui éviter le pire. Elle enferme ainsi Michel, le petit frère tant aimé, dans le placard secret de leur chambre, le placard où ils aimaient tant s’installer pour se raconter des histoires à la lueur de leur petite lampe. Elle enferme ainsi Michel, pour qu’il ne soit pas arrêté par la police, elle l’enferme à clé et glisse la clé dans sa poche en lui promettant de revenir le chercher ou d’envoyer leur père à son secours dès que possible. Mais le père est arrêté le même jour et conduit au vélodrome avec tous les autres, hommes, femmes et enfants, sous les coups des policiers et face à  l’incompréhension ou l’indifférence quasi générale du peuple français.

Sarah et ses parents survivent à l’infernale attente à l’intérieure du vélodrome (ou beaucoup périrent de faim, de soif, suffoquèrent sous la chaleur ou se suicidèrent), sont déportés vers les camps, et durant tout ce temps, Sarah n’a qu’une seule et unique obsession  qui ne la quittera jamais : survivre à cet enfer, s’enfuir et rejoindre enfin Paris pour aller ouvrir le placard et s’assurer que Michel va bien.

Le récit est forcément tragique, certains passages sont insoutenables (la scène où, dans le camp, les enfants sont séparés des mères, notamment), et on suit cette histoire aux côtés de la petite Sarah, la fillette à la clé, avec autant d’angoisse et de peur que si l’on avait soi-même quelqu’un d’aimé à délivrer de l’obscur placard. Au-delà de l’aspect historique, le récit nous amène ensuite vers une intrigue familiale déroutante et passionnante et bref, tout cela est suffisamment captivant pour qu’on s’accroche au livre pendant des nuits entières, bien décidé à venir à bout de ce récit et à savoir ce qu’est devenue Sarah.

Si vous avez envie d’un livre qui vous met l’âme en vrac, qui fait pleurer vos ovaires de mère, qui vous trimbale au milieu de l’horreur avec toujours ce sentiment d’infime espoir, qui met l’accent sur des détails de l’histoire que vous méconnaissiez sans doute, eh bien lisez Elle s’appelait Sarah, c’est un vrai beau roman qui vaut vraiment le détour.

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s