Duma Key (Stephen King)

Duma Key m’a été conseillé par une adepte du postcrossing m’ayant annoncé tout de go que Stephen King était pour elle l’auteur le plus talentueux de notre époque et que son livre préféré ne pouvait être qu’un roman de Stephen King, forcément. Incapable de trancher (moi-même, si je devais élire mon roman préféré de Stephen King, j’aurais bien du mal à me décider, mais je crois qu’au final c’est Marche ou crève qui l’emporterait), elle m’a confié que deux livres de l’auteur se partageaient la première place du podium dans son classement des meilleurs livres de tous les temps : Dôme et Duma Key. Et comme j’avais déjà lu le premier, j’ai décidé de me lancer dans la lecture du second.

Je sais que Stephen King n’a plus autant la cote que par le passé. Comprenez que lire Stephen King dans les années 90, c’était cool. Dans les années 2000, archi cool. Si t’avais pas lu tous les volumes de Ca et du Fléau en sortant du lycée, fallait même pas espérer te faire un jour respecter, encore moins faire partie des gens cool qui écoutent les Doors et ont un air mystérieux et déprimé.  Mais allez savoir pourquoi, en 2015, cet espèce d’engouement pour « le maître de l’horreur » semble s’être amenuisé, un peu comme si lire Stephen King revenait à lire Robin Cook (promis, c’était ma dernière blague sur Robin Cook).

Toujours est-il que j’en ai rien à carrer de savoir s’il est encore sexy ou non de lire les romans de Stephen King. Car il y a en moi une adolescente qui a décrété que Stephen King était un génie doublé d’un mec cool, et ce décret a eu lieu aux alentours de 1994 et j’ai décidé de m’y tenir, jusqu’à la fin des temps (ou du moins jusqu’à la mort de l’auteur). Alors oui, quand quelqu’un me dit que son livre préféré au monde est un bouquin de Stephen King, je me dis qu’après tout, ce n’est peut-être  pas moins louable ou plus saugrenu que de désigner celui d’un auteur russe du 19ème. Tout dépend de ce qu’on décide d’entendre par « livre préféré de tous les temps ». Pour ma part, il s’agirait du seul livre que je sauverais de ma bibliothèque si celle-ci prenait feu et que j’étais condamnée à ne plus lire que ce livre là jusqu’à ma mort. Mais cela étant, si l’on considère son livre préféré de tous les temps comme celui qui, sur le coup, nous a mis la plus grosse claque, ou encore comme celui qui nous a le plus captivé, au point que l’on se prive de sommeil pendant plusieurs nuits d’affilée pour pouvoir le lire encore et encore,  alors là oui, je pense que Stephen King serait bon candidat pour cette catégorie de livre préféré.

Bref, tout cela pour dire que j’ai lu Duma Key. Pendant mes vacances. Des vacances très bruyantes et pas reposantes du tout dans un hôtel club survolté, avec des animateurs multipliant les menaces pour m’obliger à aller faire de l’aquagym trois fois par jour. Le rêve quoi. Du coup, j’étais rudement contente d’avoir mon Stephen King avec moi dans mon sac de plage, ah ça oui (et d’ailleurs heureusement que j’ai pris beaucoup de livres avec moi, ça m’a permis de survivre parmi tous ces adeptes des jeux apéro). Ca m’a rappelé mon adolescence, quand je me réjouissais d’aller à la plage avec mon tube de graisse à traire  et mon Stephen King aux coins tout rabougris, que je lisais en alternance avec un San Antonio à la couverture délavée.

Duma Key raconte l’histoire d’Edgar Freemantle, un millionaire qui n’a pas vraiment de chatte puisqu’un jour, un violent accident de chantier lui bousille le corps, lui broie un bras et lui déglingue momentanément le cerveau. Et t’as beau avoir tout le fric du monde, quand tu ne sais plus ni parler ni te déplacer tout seul, et que, réduit à l’état de quasi-légume, tu vois ta femme te larguer, ben subitement, la vie semble avoir une drôle d’odeur de merde et c’est pas tous tes biftons qui sauraient rectifier le tir. Après des mois et des mois d’hôpital puis de rééducation, de dépression et de pensées suicidaires, Edgar se voit recommander par son thérapeute de réfléchir à une chose qu’il aimait faire avant. Pas seulement avant l’accident, avant tout le reste aussi : avant le mariage, avant la famille, avant les affaires. Edgar trouve évidemment que c’est une question de con (parce que lui, tout ce qu’il veut c’est se remettre à marcher, pouvoir parler sans bégayer ni chercher ses mots, voir son bras repousser et récupérer sa rombière) mais il accepte de jouer le jeu et confie à son thérapeute qu’il fut un temps où il aimait dessiner. A la bonne heure ! se dit le doc, et aussitôt, le voilà qui lui prescrit un traitement de choc destiné aux mecs cassés de partout qui ont très envie de se pendre, lequel consiste en deux choses : 1) se replonger dans une activité que l’on aimait faire par le passé (en l’occurrence, le dessin) 2) changer d’air, radicalement. Ainsi Edgar se retrouve-t-il à Duma Key, une petite île de Floride quasi déserte, où il occupe une drôle de maison rose avec vue sur le golfe du Mexique.

Et là, Edgar dessine. D’abord peu, puis de plus en plus. Au début, des bonhommes bâtons améliorés puis très vite, des vues du golfe peintes à l’huile et enfin, d’étranges associations de thèmes puis des scènes incompréhensibles dont l’inspiration lui vient d’on ne sait où.

Enfin si, on sait. On sait qu’avec Stephen King, quand un mec de base commence à gribouiller des bites au stylo Bic sur une serviette en papier, et qu’il chope le niveau de Dali en l’espace de quelques mois, on SAIT qu’il se trame un truc pas clair. D’où lui vient cette inspiration ? Et que signifient les scènes qu’il peint ? Pourquoi son bras amputé le fait-il souffrir de démangeaisons que seule la peinture apaise ? Y a-t-il des messages ou des prédictions dans les sujets qu’il représente ? Pour découvrir tout cela, Freemantle va devoir se plonger dans le passé de cette île abandonnée à la végétation et où il n’est âme qui vive, en dehors de quelques vacanciers y effectuant de bref séjours, et de cette drôle de vieille dame en Converse et de son homme à tout faire.

Comme d’hab, c’est génial. Génial, oui. Comme d’hab, on devient accro au bouquin dès la douzième page, on saute un repas pour finir son chapitre coûte que coûte, on oublie de dormir une nuit ou deux pour avancer dans sa lecture et puis évidemment, on arrive à se filer les chocottes, comme quand on avait seize ans. Et c’est ça qui est bon, lire sur la pointe des pieds, sans faire de bruit de peur de ne réveiller une quelconque créature démoniaque à la page suivante, en se demandant quel genre de démon sorti des mers obscures va nous surprendre au prochain paragraphe. Et évidemment, ça marche, car qui mieux que Stephen King parvient à nous foutre les jetons avec une telle aisance, tout en nous baladant dans une enquête tellement excitante qu’on en oublierait presque d’avoir envie d’égorger le prof d’aquagym ou les adeptes de la danse du club ?

Bref, si vous aimez Stephen King et que vous n’avez pas lu Duma Key, lisez-le, je le classe personnellement parmi les très bons de l’auteur. Et puis si vous aimez les histoires qui foutent un peu les miquettes, allez-y, lisez-le aussi, ça vaut le détour. Et puis ne serait-ce que pour son ambiance un peu kitsch et ensoleillée, ses personnages déroutants et attachants (la mémé en fauteuil roulant qui porte des baskets, collectionne les figurines en porcelaine et se balade avec un harpon), ses secrets qui ne sont révélés qu’au tout dernier instant, et puis bien sûr, pour ses moments de flippe tout droit inspirés de nos terreurs nocturnes et autres peurs collectives, ben rien que pour ça, ça vaut le coup de le lire.

 

dumakey

 

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